Lifestyle / Ma vie de maman

Ma dépression post-partum

11 mois. Presque un an que je suis maman. J’ai relu mon article sur le post-partum. J’y avais écrit que ça y est, je me sentais mieux. Qu’il m’avait fallut 2/3 mois pour prendre mes marques et mieux comprendre mon bébé. C’était vrai. Mais en y repensant pas entièrement. Une dépression s’était installée.

Fausse alerte

Quand Charlie a fait ses nuits j’ai cru être sortie d’affaire. C’est pour cela que j’ai ressenti ça. Aujourd’hui je sais que ce n’était finalement pas le cas. 

Oui Charlie dort toute la nuit, oui nous avons des nuits correctes, rarement interrompues. Mais non, mes angoisses ne se sont pas dissipées pour autant. Au contraire, j’ai pu mieux les voir, lire en elles et me dire que quelque chose clochait. 

Je dors et pourtant je suis toujours autant fatiguée ?

Je n’ai envie de rien, je ne mange rien, je me sens telle une coquille vide, mon cerveau est au ralenti, je n’écoute pas quand on me parle, j’oublie tout ce qu’on me dit. Je me noie dans un verre d’eau, je perds pied à la moindre contrariété, je suis à fleur de peau.

Je suis toujours paumée en fait. Moi, Julia, je ne reconnais plus ma vie et ne contrôle plus rien, je ne sais plus dans quel sens aller. J’attends qu’on me tende une main mais celle-ci n’arrive pas. Pourtant j’ai besoin d’aide. Et j’ai surtout besoin qu’on s’occupe de moi. Mon bébé va très bien. Moi non. Est-ce que quelqu’un m’entend ? Je crois que ça ne va pas et je ne comprends pas pourquoi.

Il aura fallu une prise de bec avec ma maman pour que JE réagisse et fasse le nécessaire. Vous imaginez la force que cela m’a demandé de faire cette démarche moi-même ?

Toucher le fond pour rebondir

Ce soir-là j’ai tout lâché. Il a suffit d’une réflexion mal placée pour que je déverse tout, en parlant très très fort pour couvrir mon flot de larmes.

Oui notre frigo est vide.
Non je ne fais plus de courses.
Oui on est content que vous soyez là.
Non je n’ai pas pensé à ce qu’on allait dîner.
Oui je suis perdue.
Non je ne suis pas folle.
Oui j’ai besoin de ma maman.
Oui j’ai besoin d’être de nouveau l’enfant.
Oui j’ai besoin de me reposer sur toi.
Oui j’ai besoin que tu prennes le relai.
Oui j’ai besoin d’aide…

Après cette dispute qui m’a fait beaucoup de mal (ma mère n’avait pas vu que ça n’allait pas… pourtant je ne cessais de lui dire au téléphone), j’ai appelé un médecin traitant. Fraîchement débarquée sur Rouen j’avais eu la bonne idée de demander à mon ostéopathe de me conseiller.

Verdict ? Oui je fais bien une dépression post-partum. 

J’aurais pu consulter plus tôt car nous ne sommes pas “censé” être dans cet état 8 mois après la naissance de son bébé. Sauf que moi j’ai tendance à me dire que ça va passer, que j’abuse, que je suis vraiment trop fragile, que j’en fait trop… bref au lieu de prendre soin de moi, je me culpabilise. Auto-flagellation bonjour. 

Dans la foulée j’ai aussi consulté une sage femme pour poursuivre mon suivi gynécologique et me faire poser un stérilet. Nouvelle patiente, elle a pris le temps de me poser énormément de questions sur moi, ma grossesse, mon accouchement, ma maternité…

C’est ce jour-là (encore) que je me suis rendue compte que oui j’avais bien fait de consulter et d’accepter le traitement. À la question “comment s’est passé votre accouchement” je ne sais jamais quoi répondre. Pour la première fois j’ai lâché un “J’en sais rien, c’est censé être comment quand ça se passe bien?”.
Car après tout je n’ai aucun moyen de comparaison. 

“Si je vous dis que vous accouchez demain vous êtes contente ? Car moi je pourrais avec plaisir par exemple”
Ah oui ? Alors non. Pas moi. Pas maintenant.

Les pilules magiques

Pourquoi avoir consulté et accueilli à bras ouverts les anti-dépresseurs ?
Je ne me supportais plus. Je n’aimais pas me voir dans cet état, amorphe, triste, terne… bref sans vie. 

Jai eu peur de l’accoutumance aux médicaments. Mais il ne faut pas confondre anti-dépresseurs et anxiolytiques. 

Les anti-dépresseurs comblent le déficit en sérotonine dans le cerveau, chargé de moduler et de réguler différents systèmes impliquée notamment dans la régulation des comportements, l'humeur, l'anxiété ou encore l'apprentissage. Elle serait également impliquée dans la motivation et la prise de décision.  
Les anxiolytiques sont des sédatifs qui diminuent l'angoisse. Ils peuvent provoquer de la somnolence et un état de dépendance. Pour en avoir déjà pris, ce type de pilules shootent complètement et le risque est de ne plus savoir s'endormir sans.

Les 2 m’ont été prescrit mais mon corps était si fatigué que le soir je n’avais besoin d’aucune aide pour m’endormir. 
Après 2 semaines de mise en place et d’effets secondaires (fatigue, nausée) j’ai senti la vie reprendre en moi, mon esprit était plus léger, mon cerveau était de nouveau en marche. Ma créativité, mon envie de travailler, de faire mille choses étaient revenus ! J’étais moi de nouveau. Le rythme de mes journées n’a pourtant pas changé mais j’avais l’énergie nécessaire pour les affronter.

À l’entrée de l’automne, je me suis sentie de nouveau partir dans le néant. Chaque année ça ne loupe pas, le manque de soleil et de lumière jouent beaucoup sur moi. Et cette année c’était pire que tout !
Mon traitement a été ajusté pour la période hivernale et grâce aux conseils de Marine (naturopathe) j’y ai ajouté des compléments : oméga 3, magnésium d’huître et maca.

Aujourd’hui à l’heure où j’écris ces lignes (le 1er décembre et le 14 décembre) je me sens bien.
Cependant je suis toujours débordée, les journées sont trop courtes, je ne suis pas encore bien organisée pour gérer Charlie, l’appartement et mon travail. Du coup je passe encore au second plan. Mes journées se ressemblent beaucoup, s’enchaînent vite et j’ai souvent ce sentiment de ne pas avoir fait assez. Pour le coup, les anti-dépresseurs ne font pas rallonger les journées ! Il me reste encore du chemin pour trouver mon rythme. Et j’y travaille…

La vérité, rien que la vérité

Je ne sais pas cacher mes émotions, je ne sais pas faire semblant, je ne sais pas mentir. Quand Charlie est née je n’ai jamais réussit à dire que c’était magique et fou lorsqu’on s’émerveillait à l’annonce de la naissance de mon bébé. Oui créer la vie et expulser un être humain de son corps est fou ! La suite ? Je dirais qu’elle rend fou plutôt !

Je tentais souvent de dire que non, que c’était très dur mais je sentais que les personnes en face de moi n’entendaient pas ou ne voulaient pas entendre. Dès le début, j’ai senti que le sujet de la maternité était sacrée. Que se plaindre, oser dire et raconter la réalité, montrer l’envers du décor… est aujourd’hui toujours très difficile. En 2020.
Je ne compte plus le nombre de MP sur Instagram où de jeunes mamans m’ont écrit « Merci d’être vrai. Je n’ose rien dire moi… »

Pourtant si toutes nous arrêtons de cacher cette réalité, tout serait plus simple !

Est-ce que JE ne me suis pas préparée à l’arrivée de mon bébé ? À ma naissance en tant que maman ? Peut-être. Mais je refuse de prendre toute la responsabilité.
Je ne comprend pas après coup pourquoi nous avons uniquement des cours de préparation à l’accouchement, pourquoi les sages-femmes ne prennent pas le temps d’en savoir plus sur nous, sur ce qu’on veut, de s’inquiéter que l’on se pose bien toutes les questions, que l’on parte sur le chemin de la maternité avec toutes les clefs.

Je ne me suis pas sentie accompagnée, préparée, ni avertie et j’en suis encore révoltée.

Live Therapy

Mon amie Mélanie, qui a lancé Forme(s) Libre(s), m’a permis de faire un « Live Therapy » (j’appelle ça comme ça car c’est ce que j’ai ressenti) début décembre. J’ai pu tout raconter, tout lâcher et cela m’a fait un bien fou ! J’ai été assez cash, dur peut-être, mais j’avais besoin que cela sorte. Je vous invite à l’écouter si le sujet vous intéresse.

ps. mon ressenti, ma dépression, mes émotions ne sont pas la réalité de toutes. Et cela n'enlève rien à l'amour que j'ai pour Charlie. Elle reste ma force au quotidien et ma plus grande fierté. 

2 Comments

  • Clotilde
    07/01/2021 at 10 h 04 min

    Juste merci pour cet article.
    En tant que future maman, je n’hésiterai pas à demander de l’aide.
    Je vais également transférer cet article au futur papa, pour qu’il soit prévenu et sache que je ne serai peut-être pas « capable » ou « en pleine possession de mes moyens » pour demander de l’aide.
    Merci encore,

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    • Julia
      12/01/2021 at 9 h 44 min

      On dit qu’il faut tout un village pour élever un enfant ! Et dans certains pays encore aujourd’hui les mamans sont très entourées et restent au lit à se reposer et nourrir leur enfant pendant que la famille gère le reste… Malheureusement chez nous la femme doit tout faire, tout encaisser et ne pas se plaindre ! Si j’ai un 2e je serais bien mieux préparé. C’est très bien de déjà inclure et avertir le papa <3

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